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Aquarelles : Une pratique simple et accessible

J'avais environ 13 ans quand je regardais les aquarelles de Monsieur Devouassoux, le mari de Madame .. Devouassoux, qui était très proche de ma grand-mère paternelle, dont j'étais moi-même très proche.
Madame Devouassoux enroulait toujours une des petites aquarelles de son mari dans un des tubes en cartons que l'on trouve quand un rouleau de papier essuie-tout, ou même de papier toilette, se termine.
Sur le sobre rouleau marron, je pouvais y lire son écriture tremblante qui me dédicaçait ce qui pouvait sembler tellement modeste et sans grande valeur. Pourtant, à chacune de mes visites, elle me réservait toujours un petit paquet toujours en conclusion de nos rencontres dans son petit appartement si encombré à Aix-en-Provence.

Entre les livres poussiéreux et les objets de toute sorte qui s'entassaient sur les tables de la salle à manger, qui ne servaient plus de tables pour des repas depuis bien longtemps, on pouvait voir un joli aquarium maladroitement entretenu et toujours un peu verdâtre malgré les efforts des poissons qui s'y trouvaient. J'adorais nourrir ces poissons, indispensables petites pauses, pendant que Madame Devouassoux ne me perdait pas de vue.
Son salon était aussi encombré que sa salle à manger, on aurait dit que seule la petite table à l'entrée pouvait accueillir ses visiteurs.
C'est une époque dont je garde un souvenir un peu brûmeux qui vient se joindre à un de mes plus anciens souvenirs à l'âge de trois ans.
Je me souviens de l'odeur des fraises dans le panier en osier qui me paraissait immense. Je montais des escaliers dans cet immeuble où une autre odeur caractéristique régnait et, de l'autre côté du panier, il y avait ma grand-mère qui me tenait la main.
Tout en haut de l'escalier, il y avait le repère de Madame Devouassoux à qui nous rendions souvent visite déjà. Dix ans plus tôt.

L'aquarelle est dans ma vie depuis bien longtemps mais je n'ai vraiment commencé à en vraiment faire que vers l'âge de seize ans. Celles de Monsieur Devouassoux étaient des impressions très foncées parfois sur un papier de qualité très moyenne qui commençait à jaunir avec les années. On aurait dit que ces couleurs étaient jetées par hasard sur la surface. Et pourtant, que d'unité et d'harmonie dans la composition. Sans parler du ressenti qu'on avait face à ses moments de sa vie, moments de contemplations qui se révélaient très clairement aux yeux du spectateur qui voulait bien s'y laisser prendre.


La pratique de l'aquarelle est accessible, incroyablement simple et développe des qualités essentielles à une certaine façon de vivre. Elle inspire un certain lâcher-prise et demande de faire confiance à l'eau, élément imprévisible dont les "erreurs" exprimées sur le papier sont en fait autant d'occasions de pratiquer l'observation globale. On apprend beaucoup en observant. Énormément de choses nous viennent de l'invisible et ne sont accessibles à notre sensibilité que si on sait s'y abandonner.
Comme en parapente, on doit faire confiance à sa voile et foncer dans le vide, bien avant de sentir la force de l'air nous porter, à peine, à quelques centaines de mètres au dessus du sol.
La liberté ressentie dans cet art est très semblable à la liberté aérienne. Liberté qui est indispensable à toute création.
Créer n'est pas un travail de neuf à cinq, avec une pause déjeuner de midi trente à une heure trente. Impossible de mettre en cage le besoin de créer, impossible de le domestiquer, impossible de l'enfermer dans un emploi du temps trop rigide. Ce n'est pas la création qui est au service du temps mais bien le temps qui est à son service. Un temps esclave qui ne peut se donner à moitié. Pas de mi-temps en art, pas de temps partiel.

Gouaches

Quand j'ai commencé à travailler avec de la gouache, c'est l'intensité de la couleur que je recherchais. La densité des pigments de l'aquarelle me convenait moins, même si j'aimais toujours le transparence et le papier.
Pendant plusieurs années, j'ai exploré la combinaison des deux, tout en essayant aussi l'acrylique que j'ai très vite abandonné. La sensation chimique que j'avais à l'époque avec l'acrylique me faisait penser à des couches de plastic hermétiques et sans âme, sans aucune collaboration avec le papier.
La gouache a commencé à me montrer des possibilités plus soutenus et moins évaporées que l'aquarelle, bien que l'aquarelle puisse être elle aussi solide et profonde.
Les deux étaient réunies par l'eau, médium qui me convenait parfaitement.

Huiles

Pendant mes années d'atelier au Puy-en-velay, j'avais appris à préparer les pigments de l'huile à l'ancienne, broyer, mélanger avec l'huile au fur et à mesure qu'on crée un tableau. Travailler sur une toile qu'on a préalablement tendue et apprêtée.. et sans parler de la colle de peau de lapin..
Que d'odeurs et que de tâches sur mes vêtements, et que dire du trempage et du nettoyage des pinceaux.

Après avoir passé du temps sur bien des papiers différents avec la gouache et l'aquarelle, j'ai recommencé à mêler les pigments à l'huile pour les poser sur des toiles. Pourtant, rien à faire, la sensation tactile que j'avais quand j'utilisais le papier me manquait trop. Et l'odeur de la térébenthine m'aurait complètement découragée si je n'avais croisé une collection de pigments à l'huile qui se nettoie ... à l'eau ! Mais dont le rendu est vraiment de l'huile...
Incroyable ce que peut faire la science. Fini les odeurs insupportables en espace clos et les difficultés de peindre en extérieur.

Restait le support .. il devait absolument contenir du papier pour être à la hauteur de ce que je recherchais. J'ai donc entamé mes recherches à l'huile avec, comme support, du papier apprêté de différentes façons.
Le résultat était intéressant, bien que la toile gardait un attrait par son côté pratique et son épaisseur.
Pendant quelques années, j'ai donc erré entre aquarelle, gouache et huile.

Et finalement.. à ma grande surprise, j'avais commencé à fabriquer mon propre papier !

Photos argentiques

J'ai découvert la photo argentique, celle qui se fait "à l'ancienne", avec des pellicules et des négatifs.. de la meilleure façon qui soit : dans une chambre noire d'un cours en technique de photographie. La première fois que j'ai vu apparaître une image noir et blanc sur le papier photo dans le bac du révélateur, ce fût un émerveillement, qui demeure encore. Rien n'a remplacé cette magie de l'apparition d'une image qui n'existait, avant le papier, que quelque part entre sa réalité aérienne et mon appareil optique.
J'ai passé quantités de nuits presque blanches dans des chambres noires, après ça. Impossible de décrocher de ces apparitions sans cesse renouvelées.

Puis les premières manipulations chimiques et optiques, par superpositions, par couleurs, par montages, par flous, par changement de support, se sont succédées. On peut dire que c'est grâce au numérique que j'ai fini par accepter de sortir de la chambre noire. Elle a lentement été supplanté par l'ordinateur et les logiciels. La lumière restait alors présente du début de la prise de vue à la fin : l'impression des images. Pourtant rien de numérique ne semblait remplacer dans mon coeur la magie du nitrate d'argent, rien. Les résultats, bien sûr, étaient excellents et les recherches très riches, mais l'appareil numérique tout seul avait ses limites.

Photos numériques

La photo numérique a changé ma perception de l'image. Ce qui était dépendant du support matériel du papier pouvait maintenant exister librement en dehors de la réalité, dans le monde virtuel, fantôme en devenir, sur l'écran de l'ordinateur. J'ai passé deux ans avec le numérique pour finir par la macrophotographie qui était relativement satisfaisante à mes yeux.
Pourtant, une difficulté majeure était les vues d'animaux, de petits animaux en mouvement. De plus, le côté manuel de mon appareil argentique me manquait beaucoup.
Et cet automne, enfin, grâce à la généalogie [lien semblant totalement farfelu..et pourtant :-)], j'ai commencé mes premiers shooting avec mon premier Reflex. Une vrai révélation dans tous les sens du termes ! Ouvertures, vitesses, enfin, je retrouve un monde familier avec bonheur et mes créations s'enrichissent à toute vitesse. On dirait que Reflex rime avec accélération ces derniers jours.

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